Travail et emploi : la semaine de 32 heures et les réformes du NFP
Le travail est au cœur du projet du Nouveau Front Populaire. De la semaine de 32 heures à la revalorisation massive du SMIC, en passant par la lutte contre l'ubérisation et le renforcement du dialogue social, la coalition de gauche porte une vision ambitieuse de transformation du monde du travail.
La semaine de 32 heures : utopie ou progrès social ?
La réduction du temps de travail est l'une des propositions les plus débattues du programme NFP. Le passage progressif à la semaine de 32 heures, sans perte de salaire, s'inscrit dans la continuité historique des 40 heures du Front Populaire (1936) et des 35 heures de la gauche plurielle (1998).
Le NFP propose une mise en œuvre pragmatique, par la négociation de branche plutôt que par la loi uniforme. Chaque secteur d'activité négocierait les modalités adaptées à ses contraintes : semaine de 4 jours, journées raccourcies, jours de repos supplémentaires, annualisation du temps de travail. L'objectif est d'atteindre les 32 heures comme norme en cinq ans.
Les arguments avancés par le NFP sont multiples :
- Création d'emplois : les économistes proches du NFP estiment que le passage aux 32 heures pourrait créer entre 300 000 et 500 000 emplois, à condition d'être accompagné de compensations pour les entreprises. Le précédent des 35 heures, qui avait créé environ 350 000 emplois entre 1998 et 2002, est régulièrement cité.
- Qualité de vie : les expérimentations menées en Islande (2015-2019), en Espagne (2023) et au Royaume-Uni (2022) montrent que la réduction du temps de travail améliore le bien-être des salariés, réduit le stress et l'absentéisme, et maintient voire augmente la productivité.
- Transition écologique : travailler moins permet de réduire les déplacements domicile-travail, la consommation d'énergie des bureaux et l'empreinte carbone globale liée à l'activité économique.
- Égalité femmes-hommes : la réduction du temps de travail facilite le partage des tâches domestiques et familiales, historiquement assumées de manière disproportionnée par les femmes.
SMIC à 1 600 € net : le bouclier pouvoir d'achat
La revalorisation du SMIC à 1 600 € nets mensuels est la mesure emblématique du programme social du NFP. Actuellement fixé à environ 1 399 € nets, le SMIC serait augmenté de 14 % dès la première année de mise en œuvre.
Cette hausse concerne directement 2,5 millions de salariés payés au SMIC, mais son effet d'entraînement toucherait environ 5 millions de travailleurs dont le salaire est indexé sur le minimum légal. Le coût pour les entreprises serait partiellement compensé par un allègement ciblé des cotisations patronales pour les PME de moins de 50 salariés.
Le NFP fait valoir que la hausse du SMIC est aussi un levier macroéconomique. L'augmentation du pouvoir d'achat des ménages les plus modestes se traduit quasi-intégralement en consommation (ces ménages n'épargnent pas), stimulant l'activité économique et les recettes fiscales. Selon les simulations de l'OFCE, un SMIC à 1 600 € générerait un surcroît de PIB de 0,3 à 0,5 point par an.
Lutter contre l'ubérisation
L'ubérisation du travail — le recours massif aux travailleurs indépendants de plateforme pour contourner le droit du travail — est un phénomène que le NFP entend combattre frontalement. En France, plus de 200 000 personnes travaillent pour des plateformes de livraison ou de transport, souvent dans des conditions dégradées : pas de congés payés, pas d'assurance chômage, pas de cotisations retraite, rémunération en dessous du SMIC horaire quand on intègre le temps d'attente.
Le programme NFP propose :
- La présomption de salariat : tout travailleur de plateforme serait présumé salarié, sauf si la plateforme démontre l'absence de lien de subordination. Cette inversion de la charge de la preuve, déjà adoptée en Espagne (loi Rider de 2021), forcerait les plateformes à salarier leurs travailleurs.
- L'obligation de transparence algorithmique : les plateformes devraient rendre publics les algorithmes qui déterminent l'attribution des courses, la tarification et l'évaluation des travailleurs.
- La taxation des plateformes : une contribution spécifique sur le chiffre d'affaires des plateformes numériques, affectée au financement de la protection sociale des travailleurs indépendants.
Renforcer le dialogue social
Le NFP dénonce l'affaiblissement systématique du dialogue social depuis les ordonnances travail de 2017. La fusion des instances représentatives du personnel (CE, CHSCT, délégués du personnel) en un comité social et économique (CSE) unique a réduit le nombre de représentants et dilué leurs compétences, en particulier sur les questions de santé et sécurité au travail.
Le programme propose :
- Le rétablissement du CHSCT comme instance dédiée à la santé, la sécurité et les conditions de travail.
- L'abaissement du seuil de mise en place d'un CSE à 10 salariés (contre 11 actuellement) et l'augmentation des heures de délégation.
- Le droit de veto suspensif du CSE sur les plans de licenciement, le temps qu'un audit indépendant évalue la situation économique réelle de l'entreprise.
- La présence de représentants des salariés dans les conseils d'administration, à hauteur de 50 % pour les entreprises de plus de 500 salariés (modèle de cogestion inspiré de l'Allemagne).
Le partage de la valeur : repenser la rémunération
Au-delà du SMIC, le NFP s'attaque à la question du partage de la valeur ajoutée entre capital et travail. En France, la part des salaires dans la valeur ajoutée est passée de 67 % en 1982 à 58 % en 2024, soit un transfert de 9 points vers les profits et les dividendes.
Pour inverser cette tendance, le NFP propose :
- Le plafonnement de l'écart de rémunération au sein des entreprises à un ratio de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et la rémunération totale la plus élevée.
- L'obligation de consacrer au moins un tiers des bénéfices distribués à l'intéressement et à la participation des salariés.
- La conditionnalité des aides publiques aux entreprises (allègements de cotisations, subventions, crédits d'impôt) au respect de critères sociaux : pas de versement de dividendes supérieurs aux investissements, pas de recours excessif aux contrats précaires.
Un droit du travail protecteur
Le NFP entend abroger les réformes du droit du travail qu'il juge les plus régressives des dernières années : le plafonnement des indemnités prud'homales (barème Macron), la facilitation des licenciements économiques et la primauté des accords d'entreprise sur les accords de branche en matière de temps de travail.
Le retour à la hiérarchie des normes — où l'accord de branche fixe un plancher que l'accord d'entreprise ne peut qu'améliorer — est un principe cardinal du programme travail du NFP. L'objectif est de rétablir un rapport de force plus équilibré entre employeurs et salariés, en particulier dans les PME où les représentants syndicaux sont rares et la pression patronale forte.
Pour le Nouveau Front Populaire, le travail ne doit pas être une variable d'ajustement au service de la rentabilité financière, mais le fondement d'une société de dignité et de progrès partagé.