Justice fiscale et taxe Zucman : le combat du NFP pour le budget 2026
Le budget 2026 est le théâtre d'un affrontement politique majeur entre l'austérité gouvernementale et les propositions de justice fiscale du Nouveau Front Populaire. Au cœur du débat : la taxe Zucman et la question de la redistribution des richesses.
Qu'est-ce que la taxe Zucman ?
Inspirée des travaux de l'économiste français Gabriel Zucman, professeur à l'université de Berkeley et spécialiste mondial de l'évasion fiscale, la taxe Zucman est un impôt minimum sur la fortune nette des ultra-riches. Son principe est simple : appliquer un taux plancher de 2 % sur le patrimoine net des individus possédant plus de 100 millions d'euros.
Selon les estimations de Zucman lui-même, cette taxe pourrait rapporter entre 200 et 250 milliards d'euros par an à l'échelle mondiale, dont 15 à 20 milliards pour la France seule. Ces chiffres en font un levier budgétaire considérable, capable à lui seul de combler une partie significative du déficit public français.
Le NFP a fait de la taxe Zucman l'un des piliers de son programme fiscal. La coalition de gauche propose de l'intégrer au budget 2026 comme mesure phare de justice fiscale, en complément d'une réforme plus large de la fiscalité du patrimoine.
Un budget 2026 sous le signe de l'austérité
Le projet de budget 2026 présenté par le gouvernement vise à réduire le déficit public à 3 % du PIB d'ici fin 2026, conformément aux engagements pris auprès de la Commission européenne. Pour y parvenir, environ 15 milliards d'euros de coupes budgétaires sont prévus.
Les mesures d'économie touchent principalement les dépenses sociales : gel ou sous-indexation des aides au logement et des allocations familiales, réduction des dotations aux collectivités locales, poursuite de la rationalisation des effectifs de la fonction publique, et plafonnement de certaines dépenses de santé.
Le NFP dénonce un budget « antisocial » qui fait porter l'effort sur les classes moyennes et populaires tout en épargnant les grandes fortunes et les multinationales. « C'est l'austérité pour les pauvres et le statu quo fiscal pour les riches », résume le programme économique de la coalition.
Les alternatives proposées par le NFP
Face à l'austérité gouvernementale, le Nouveau Front Populaire présente un contre-budget articulé autour de nouvelles recettes fiscales plutôt que de coupes dans les dépenses :
- Taxe Zucman sur les ultra-riches : 2 % sur les patrimoines nets supérieurs à 100 millions d'euros — recette estimée : 15-20 milliards d'euros.
- Taxe exceptionnelle sur les superprofits énergétiques : contribution de solidarité sur les bénéfices exceptionnels des groupes pétroliers et énergétiques — recette estimée : 5-8 milliards.
- Réforme de l'impôt sur les sociétés : rétablissement d'un taux effectif minimum de 25 % pour les grandes entreprises, suppression des niches fiscales les moins efficaces — recette estimée : 8-12 milliards.
- Taxe sur les transactions financières : élargissement de l'assiette de la taxe existante aux transactions intra-journalières — recette estimée : 3-5 milliards.
Au total, le NFP estime que ces mesures permettraient de dégager entre 30 et 45 milliards d'euros de recettes supplémentaires, rendant les coupes sociales inutiles et permettant même des investissements dans les services publics et la transition écologique.
La bataille parlementaire
Le débat budgétaire à l'Assemblée nationale s'annonce comme l'un des plus tendus de la Ve République. Sans majorité absolue, le gouvernement devra soit négocier avec les oppositions, soit recourir à l'article 49.3 — un choix politiquement explosif dans le contexte social actuel.
Le NFP a annoncé le dépôt de plusieurs amendements portant la taxe Zucman et les mesures alternatives. Si ces amendements étaient adoptés, ce serait un camouflet pour le gouvernement ; s'ils sont rejetés via le 49.3, cela offrirait un argument de mobilisation supplémentaire à la gauche.
La dimension européenne
La taxe Zucman n'est pas qu'un débat franco-français. Des discussions similaires ont lieu au niveau européen, portées par plusieurs États membres (Espagne, Belgique, Allemagne) et soutenues par une résolution du Parlement européen. La France pourrait jouer un rôle moteur en adoptant cette mesure unilatéralement, comme elle l'a fait avec la taxe GAFA en 2019.
Les opposants invoquent le risque de fuite des capitaux et de perte de compétitivité. Les partisans répondent que les mécanismes anti-évasion proposés par Zucman (taxation basée sur la nationalité et pas seulement sur la résidence) neutralisent largement ce risque.