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Sécurité et justice : l'approche du Nouveau Front Populaire

Sécurité et justice : l'approche du Nouveau Front Populaire

La sécurité est un droit fondamental. Mais pour le Nouveau Front Populaire, elle ne peut se résumer à une politique du tout-répressif. La coalition de gauche propose une refonte profonde de l'appareil sécuritaire et judiciaire français, articulée autour de la prévention, de la proximité et de la lutte contre les inégalités devant la justice.

Un système à bout de souffle

Le constat est partagé bien au-delà de la gauche : le système de sécurité et de justice français est en crise. Les tribunaux croulent sous les affaires, avec des délais moyens de traitement qui atteignent 14 mois en première instance et plus de 18 mois en appel. Les prisons françaises, avec un taux d'occupation de 122 % en 2025, figurent parmi les plus surpeuplées d'Europe occidentale.

Côté police, le malaise est profond. Les effectifs de terrain ont été réduits de 15 000 postes entre 2007 et 2022, malgré les annonces successives de recrutement. La suppression de la police de proximité en 2003 a créé un fossé entre les forces de l'ordre et la population, particulièrement dans les quartiers populaires. Le taux de résolution des cambriolages stagne à 14 %, celui des vols à 8 %.

Parallèlement, les violences policières sont devenues un sujet de société majeur. Depuis les Gilets jaunes jusqu'aux mobilisations de 2025, les cas documentés de violences disproportionnées se sont multipliés, érodant la confiance citoyenne dans l'institution policière. Selon un sondage IFOP de 2025, seuls 47 % des Français déclarent avoir confiance dans la police, un chiffre en recul de 12 points en dix ans.

Le retour de la police de proximité

La mesure phare du NFP en matière de sécurité est le rétablissement d'une véritable police de proximité. Le programme prévoit la création de 10 000 postes dédiés, implantés dans les quartiers prioritaires et les zones rurales désertées par les services publics. Ces policiers auraient une mission spécifique : connaître leur territoire, établir des liens avec les habitants, prévenir la délinquance plutôt que la constater.

Le modèle s'inspire des expériences réussies dans plusieurs pays européens. En Écosse, la réforme de la police engagée en 2013 — fondée sur la prévention et l'ancrage local — a permis de réduire les crimes violents de 40 % en huit ans. Aux Pays-Bas, les « wijkagenten » (policiers de quartier) sont un pilier du modèle sécuritaire, avec un policier référent pour chaque secteur de 5 000 habitants.

Concrètement, la police de proximité du NFP reposerait sur trois principes :

  • L'ancrage territorial : chaque policier est affecté à un quartier pour une durée minimale de trois ans, le temps de construire une connaissance fine du terrain et des relations de confiance avec les habitants.
  • La polyvalence : au-delà du maintien de l'ordre, les policiers de proximité assurent des missions de médiation, d'orientation vers les services sociaux et de prévention de la récidive.
  • La redevabilité : des comités locaux de sécurité, incluant des élus, des associations et des habitants, évaluent régulièrement l'action policière dans chaque quartier.

Réformer la justice : moyens et accessibilité

Le NFP propose un plan d'investissement massif dans la justice. Le budget de la justice française, qui représente 0,21 % du PIB (contre 0,35 % en moyenne dans l'UE), serait porté à 0,30 % du PIB en cinq ans, soit une augmentation de plus de 3 milliards d'euros annuels.

Cet investissement financerait :

  • Le recrutement de 18 000 magistrats, greffiers et personnels de justice sur cinq ans, pour réduire les délais de traitement à moins de 6 mois en première instance.
  • La rénovation des tribunaux : 60 % des palais de justice sont dans un état dégradé. Un plan de rénovation de 2 milliards d'euros est prévu.
  • L'aide juridictionnelle renforcée : le plafond de revenus pour accéder à l'aide juridictionnelle serait relevé de 40 %, permettant à 2 millions de personnes supplémentaires d'accéder à un avocat gratuit.
  • La justice restaurative : développement des dispositifs de médiation et de justice restaurative, en complément de la réponse pénale classique, pour les infractions de faible et moyenne gravité.

La question carcérale

Avec 74 000 détenus pour 61 000 places, les prisons françaises sont un scandale permanent. Le NFP refuse la fuite en avant de la construction de nouvelles prisons comme seule réponse et propose une approche globale de la surpopulation carcérale.

Le premier levier est le développement des peines alternatives à l'incarcération : travaux d'intérêt général, placement sous surveillance électronique, suivi socio-judiciaire renforcé. Pour les courtes peines (moins de six mois), l'emprisonnement serait remplacé par des mesures de probation, sauf en cas de dangerosité avérée. Cette mesure seule permettrait de réduire la population carcérale de 8 000 à 10 000 personnes.

Le second levier est l'investissement dans la réinsertion. Le taux de récidive en France (59 % dans les cinq ans suivant la libération) témoigne de l'échec du système actuel. Le NFP propose de doubler le budget consacré à la formation professionnelle en détention, de systématiser l'accompagnement à la sortie (logement, emploi, suivi médical) et de développer les unités de vie familiale.

Lutte contre les discriminations et violences policières

Le NFP inscrit la lutte contre les discriminations au cœur de sa politique de sécurité. Plusieurs mesures concrètes sont proposées :

  • La création d'un récépissé de contrôle d'identité : chaque contrôle donnerait lieu à la remise d'un document traçable, permettant de lutter contre le contrôle au faciès. Les études montrent que les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes ont 20 fois plus de probabilité d'être contrôlés.
  • La réforme de l'IGPN : l'inspection générale de la police nationale serait remplacée par une autorité indépendante rattachée au Défenseur des droits, avec des pouvoirs d'enquête renforcés et la capacité de saisir directement le parquet.
  • L'interdiction du LBD et des grenades de désencerclement : ces armes, responsables de blessures graves lors des manifestations, seraient retirées de l'arsenal du maintien de l'ordre.
  • La formation éthique renforcée : la formation initiale des policiers serait portée de 12 à 18 mois, avec un accent sur la déontologie, la gestion des conflits et la connaissance des publics.

La prévention comme doctrine

Pour le NFP, la meilleure politique de sécurité est une politique sociale ambitieuse. La prévention de la délinquance passe par l'éducation (d'où le plan de recrutement de 90 000 postes dans l'Éducation nationale), le logement (lutte contre les ghettos urbains), l'emploi (garantie d'activité pour les jeunes) et la santé mentale (création de 500 postes de psychologues de prévention dans les quartiers prioritaires).

Le programme prévoit également le doublement du budget de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), actuellement sous-dotée, pour assurer un suivi éducatif de qualité aux mineurs délinquants. L'objectif est clair : casser les spirales de marginalisation qui mènent à la délinquance, plutôt que de se contenter de les punir.

Cette vision globale de la sécurité — préventive, sociale et judiciaire — constitue un changement de paradigme par rapport aux politiques sécuritaires des dernières décennies, dominées par la logique du chiffre et de la répression. Un changement que le NFP assume comme un choix de civilisation.

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