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L'éducation selon le NFP : école publique et égalité des chances

L'éducation selon le NFP : école publique et égalité des chances

L'éducation constitue l'un des piliers fondamentaux du programme du Nouveau Front Populaire. Face à une école publique en crise — pénurie d'enseignants, classes surchargées, inégalités territoriales croissantes —, la coalition de gauche propose un plan ambitieux pour refonder le service public éducatif. Des moyens humains aux réformes structurelles, analyse détaillée d'un projet qui entend faire de l'école le premier levier de l'émancipation collective.

Un constat alarmant : l'école publique en état d'urgence

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. À la rentrée 2025, plus de 4 200 postes d'enseignants restaient vacants dans le premier et le second degré, selon les données du ministère de l'Éducation nationale. Dans certaines académies — Créteil, Versailles, Guyane —, le taux de postes non pourvus dépasse les 15 %. Le recours aux contractuels, souvent peu formés et mal rémunérés, est devenu la norme plutôt que l'exception.

Cette hémorragie n'est pas un hasard. Elle résulte de décennies de politiques qui ont systématiquement dévalorisé le métier d'enseignant. En France, un professeur certifié débute sa carrière à environ 1 500 euros nets mensuels, soit 15 à 20 % de moins que la moyenne des pays de l'OCDE. Corrigé de l'inflation, le salaire des enseignants français a reculé de 7,4 % entre 2010 et 2024. Dans ces conditions, comment s'étonner que les vocations se tarissent ?

Au-delà des ressources humaines, c'est l'infrastructure même de l'école publique qui se dégrade. Plus de 30 % des bâtiments scolaires nécessitent des travaux de rénovation urgents. Les classes de 30 à 35 élèves sont devenues courantes dans les collèges et lycées, quand les standards européens recommandent un maximum de 20 à 25 élèves par classe.

Un plan de recrutement historique : 90 000 postes en cinq ans

La réponse du Nouveau Front Populaire à cette crise est un plan de recrutement sans précédent depuis les années 1960. Le NFP propose la création de 90 000 postes dans l'Éducation nationale sur la durée d'une législature, répartis entre enseignants, conseillers principaux d'éducation (CPE), personnels médico-sociaux et accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH).

Ce plan se décline en plusieurs volets :

  • 60 000 postes d'enseignants pour abaisser les effectifs par classe à un maximum de 24 élèves en primaire et 25 en secondaire, avec des seuils plus bas en éducation prioritaire (19 élèves).
  • 12 000 postes d'AESH titularisés à temps plein, mettant fin à la précarité scandaleuse de ces personnels indispensables à l'école inclusive.
  • 10 000 postes de personnels médico-sociaux : infirmiers et infirmières scolaires, psychologues, assistants sociaux, pour que chaque établissement dispose d'une équipe de suivi complète.
  • 8 000 postes de CPE et de personnels administratifs pour renforcer la vie scolaire et alléger la charge bureaucratique pesant sur les enseignants.

Pour financer ce plan estimé à 5,8 milliards d'euros annuels à pleine charge, le NFP mise sur la réforme fiscale globale qu'il défend par ailleurs — en particulier le rétablissement de l'ISF et la taxation des superprofits — ainsi que sur des redéploiements de crédits au sein du budget de l'État.

Revalorisation salariale : redonner de l'attractivité au métier

Le NFP ne se contente pas de recruter : il veut aussi redonner envie de devenir et de rester enseignant. La revalorisation salariale proposée est substantielle et immédiate. Le programme prévoit une augmentation de 15 % du traitement indiciaire de l'ensemble des personnels enseignants dès la première année de mise en œuvre, avec l'objectif d'atteindre une revalorisation totale de 25 % en fin de législature.

Concrètement, un professeur certifié débutant verrait son salaire net mensuel passer de 1 500 euros à environ 1 870 euros la première année, puis à 1 975 euros à terme. Pour un professeur agrégé en milieu de carrière, la revalorisation représenterait un gain de 400 à 550 euros nets mensuels.

Cette revalorisation s'accompagne d'une refonte du système indemnitaire, jugé opaque et inégalitaire. Le NFP propose d'intégrer une partie des primes dans le traitement indiciaire, ce qui améliore les droits à la retraite et simplifie la grille de rémunération. Les indemnités spécifiques pour les enseignants exerçant en éducation prioritaire seraient quant à elles doublées pour atteindre 6 000 euros annuels.

La formation continue constitue un autre levier. Le programme prévoit un droit à 20 jours de formation annuels sur le temps de travail, contre 3 à 5 jours en moyenne actuellement. L'objectif est double : renforcer les compétences pédagogiques et créer des parcours de progression motivants tout au long de la carrière.

L'école inclusive : une ambition concrète

L'inclusion des élèves en situation de handicap est un chantier majeur du projet éducatif du NFP. Depuis la loi de 2005, le nombre d'élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire a plus que triplé, atteignant 436 000 à la rentrée 2024. Mais cette progression quantitative ne s'est pas accompagnée des moyens correspondants.

Le Nouveau Front Populaire propose une refonte complète du statut des AESH. Actuellement employés sur des contrats précaires à temps partiel — avec un salaire médian de 850 euros nets mensuels —, ces professionnels seraient intégrés dans un corps de la fonction publique avec un statut de catégorie B. Leur formation initiale serait portée à 200 heures (contre 60 heures aujourd'hui), et ils bénéficieraient d'un plan de formation continue spécialisé.

Au-delà des AESH, le NFP défend la création de dispositifs spécialisés au sein des établissements ordinaires : unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS) renforcées, pôles d'accompagnement des élèves à besoins particuliers, et partenariats systématiques avec les établissements médico-sociaux. L'objectif affiché est qu'aucun enfant ne se voit refuser une scolarisation adaptée à ses besoins.

Mixité sociale : casser la ségrégation scolaire

La France est l'un des pays de l'OCDE où la ségrégation scolaire est la plus marquée. Selon les études de l'Institut des politiques publiques (IPP), l'écart de composition sociale entre les collèges les plus favorisés et les plus défavorisés n'a cessé de se creuser depuis vingt ans. L'enseignement privé sous contrat, qui scolarise 17 % des élèves du secondaire mais seulement 4 % des élèves issus de milieux défavorisés, joue un rôle déterminant dans cette ségrégation.

Le Nouveau Front Populaire propose des mesures ambitieuses pour restaurer la mixité sociale :

  • Conditionnement du financement public des établissements privés à des objectifs contraignants de mixité sociale. Les établissements qui ne respecteraient pas un seuil minimum d'élèves boursiers verraient leurs subventions réduites progressivement.
  • Réforme de la carte scolaire avec la création de secteurs multi-collèges, permettant d'affecter les élèves de façon à rééquilibrer les compositions sociales entre établissements d'un même territoire.
  • Suppression du dispositif Parcoursup, jugé générateur d'inégalités et de stress, et son remplacement par un système d'orientation fondé sur les capacités d'accueil des formations et les vœux des étudiants, avec des critères transparents et un accompagnement humain renforcé.
  • Gratuité complète de l'éducation de la maternelle à l'université : fournitures scolaires, manuels, sorties pédagogiques, repas de cantine à prix coûtant indexé sur le quotient familial.

Éducation prioritaire : des moyens à la hauteur

Le réseau d'éducation prioritaire (REP et REP+) scolarise aujourd'hui 1,7 million d'élèves, soit environ 20 % des effectifs du système éducatif français. Malgré des efforts réels depuis sa création en 1981, les écarts de réussite entre les élèves de l'éducation prioritaire et les autres restent considérables : 15 points d'écart au brevet, un taux d'accès à l'enseignement supérieur inférieur de 20 points.

Le NFP propose de transformer en profondeur l'éducation prioritaire autour de plusieurs axes :

  • Extension du label REP+ à l'ensemble des établissements actuellement en REP, avec les moyens correspondants : décharge horaire de 20 % pour les enseignants, primes revalorisées, effectifs réduits à 19 élèves maximum par classe.
  • Création d'un nouveau label « hyper-prioritaire » pour les établissements concentrant les plus grandes difficultés, avec des classes à 12 élèves du CP au CE2, un encadrement renforcé et des partenariats systématiques avec les structures culturelles, sportives et associatives du territoire.
  • Révision de la carte de l'éducation prioritaire, qui n'a pas été mise à jour depuis 2015, pour intégrer les nouvelles réalités territoriales, notamment les zones rurales en difficulté souvent oubliées des dispositifs actuels.
  • Pérennisation des moyens avec un engagement budgétaire pluriannuel pour éviter les effets de yo-yo des réformes successives.

Le coût total de la refonte de l'éducation prioritaire est évalué à 2,3 milliards d'euros supplémentaires annuels. Pour le NFP, cet investissement est non seulement une exigence de justice sociale, mais aussi un calcul économique rationnel : chaque euro investi dans la prévention scolaire rapporte entre 3 et 7 euros en économies de dépenses sociales ultérieures, selon les estimations de la Cour des comptes.

Une ambition qui interroge

Le projet éducatif du Nouveau Front Populaire est indéniablement ambitieux. Ses partisans y voient le retour d'une politique volontariste capable de refaire de l'école le creuset républicain qu'elle a cessé d'être. Ses détracteurs pointent le coût considérable des mesures — entre 10 et 15 milliards d'euros annuels au total — et la difficulté opérationnelle de recruter 90 000 agents qualifiés en cinq ans, dans un contexte de crise des vocations.

La question du financement reste le nœud gordien du programme. Si les recettes attendues de la réforme fiscale sont réalistes selon certains économistes (le rétablissement de l'ISF rapporterait entre 5 et 8 milliards selon les paramètres retenus), leur mobilisation suppose une majorité parlementaire solide et une mise en œuvre rapide, deux conditions loin d'être garanties dans le paysage politique actuel.

Quoi qu'il en soit, le débat soulevé par ces propositions a le mérite de replacer l'éducation au centre de l'agenda politique. Car s'il est un investissement qui conditionne tous les autres — la compétitivité économique, la cohésion sociale, la vitalité démocratique —, c'est bien celui que l'on consacre à l'école de la République.

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