Santé publique : le NFP face à la crise hospitalière
La crise du système de santé français n'est plus une menace lointaine : c'est une réalité quotidienne. Fermetures de services d'urgences, déserts médicaux qui s'étendent, soignants en burn-out, délais d'attente insupportables. Face à cette situation, le Nouveau Front Populaire porte un projet de refondation ambitieux du service public hospitalier. Décryptage d'un plan qui entend inverser trente années de politiques de restriction budgétaire.
Un système de santé au bord de la rupture
Les indicateurs sont unanimes : le système de santé français est en crise structurelle. Selon le rapport 2025 de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES), plus de 6 millions de Français vivent dans un désert médical, c'est-à-dire dans une zone où l'accès à un médecin généraliste nécessite plus de 30 minutes de trajet. Ce chiffre a doublé en dix ans.
L'hôpital public, longtemps considéré comme le fleuron du système de santé français, souffre d'un sous-investissement chronique. Entre 2010 et 2025, plus de 25 000 lits d'hospitalisation ont été supprimés, portant la capacité totale à environ 190 000 lits, soit un ratio de 2,8 lits pour 1 000 habitants — en dessous de la moyenne de l'OCDE (3,4). Les urgences, dont plus de 150 services ont connu des fermetures temporaires ou permanentes en 2024-2025, sont devenues le symbole de cette détresse institutionnelle.
La pénurie de personnels aggrave encore la situation. Il manque environ 30 000 infirmiers et infirmières à l'hôpital public, 5 000 médecins hospitaliers et 15 000 aides-soignants. Le turn-over annuel dans les services hospitaliers atteint 15 à 20 % dans certaines régions, signe d'un malaise profond. En 2024, 40 % des internes en médecine déclaraient ne pas vouloir exercer à l'hôpital public après leur formation.
Sauver l'hôpital public : un plan d'investissement massif
Le Nouveau Front Populaire propose un plan de sauvetage de l'hôpital public estimé à 20 milliards d'euros sur cinq ans, répartis entre investissements en infrastructures, recrutement de personnels et revalorisation salariale.
Le premier volet concerne les moyens humains. Le NFP prévoit le recrutement de 100 000 soignants supplémentaires : médecins, infirmiers, aides-soignants, personnels médico-techniques. Pour atteindre cet objectif, plusieurs leviers sont mobilisés :
- Augmentation immédiate des places en formation : +20 % de places en IFSI (instituts de formation en soins infirmiers), +15 % en médecine avec la suppression du numerus apertus au profit d'un système de régulation plus souple.
- Revalorisation salariale générale de 300 euros nets mensuels pour l'ensemble des personnels hospitaliers, en complément des revalorisations du Ségur de la santé jugées insuffisantes.
- Amélioration des conditions de travail : limitation du temps de travail effectif à 35 heures hebdomadaires réelles (contre 39 à 45 heures souvent constatées), respect des repos de sécurité, embauche de personnels de remplacement dédiés.
- Création d'un statut attractif pour les médecins hospitaliers avec une grille salariale revalorisée, des possibilités de recherche et un déroulement de carrière motivant.
Le deuxième volet porte sur les infrastructures. Le NFP propose la réouverture de 50 000 lits supprimés ces quinze dernières années, la modernisation des plateaux techniques et la construction de nouveaux établissements dans les zones sous-dotées. Un moratoire sur les fermetures d'hôpitaux et de maternités serait décrété dès l'arrivée au pouvoir.
Déserts médicaux : une réponse territoriale globale
La lutte contre les déserts médicaux est l'une des priorités les plus consensuelles du programme santé du NFP, mais aussi l'une des plus difficiles à mettre en œuvre. La coalition propose un ensemble de mesures qui rompent avec l'approche incitative ayant jusqu'ici montré ses limites.
La mesure la plus emblématique — et la plus controversée — est la régulation de l'installation des médecins libéraux. Le NFP propose un système de conventionnement sélectif : dans les zones déjà sur-dotées en médecins, l'installation d'un nouveau praticien en convention avec l'Assurance maladie ne serait possible qu'en cas de départ d'un confrère. Cette mesure, vigoureusement combattue par les syndicats de médecins libéraux, est défendue par le NFP comme le seul moyen de rééquilibrer réellement la répartition territoriale de l'offre de soins.
En complément, le programme prévoit :
- La création de 4 000 centres de santé pluriprofessionnels sur l'ensemble du territoire, financés par l'Assurance maladie et les collectivités territoriales. Ces centres salariés offrent des conditions de travail attractives pour les jeunes médecins et permettent un exercice collectif de la médecine.
- Le développement massif de la télémédecine, avec un investissement de 500 millions d'euros pour équiper les territoires en infrastructures numériques de santé et former les professionnels.
- Des bourses d'études majorées (1 200 euros mensuels) pour les étudiants en santé s'engageant à exercer pendant au moins cinq ans dans une zone sous-dotée.
- La revalorisation des transports sanitaires pour les patients des zones rurales devant se déplacer vers des centres hospitaliers éloignés.
Sécurité sociale : vers le 100 % remboursé
Le Nouveau Front Populaire affirme sa volonté de revenir à l'esprit fondateur de la Sécurité sociale de 1945 : une protection universelle et intégrale. Le programme propose une évolution progressive vers le « 100 % Sécu », c'est-à-dire la prise en charge intégrale des soins médicaux par l'Assurance maladie obligatoire.
Actuellement, la Sécurité sociale ne rembourse en moyenne que 78 % des dépenses de santé. Le reste est couvert par les complémentaires santé (mutuelles, assurances privées) pour 14 %, et par les ménages eux-mêmes pour 8 %. Ce système à trois étages est coûteux en frais de gestion (les complémentaires consacrent 20 % de leurs cotisations à la gestion et au marketing) et profondément inégalitaire : 4 millions de Français renoncent chaque année à des soins pour raisons financières.
Le NFP propose une mise en œuvre progressive du 100 % Sécu :
- Phase 1 (années 1-2) : prise en charge à 100 % des consultations de médecine générale, de la santé dentaire et des soins optiques pour les personnes sous le seuil de pauvreté.
- Phase 2 (années 3-4) : extension du 100 % à l'ensemble de la médecine de ville et à l'hospitalisation.
- Phase 3 (année 5) : couverture intégrale de l'ensemble du panier de soins, rendant les complémentaires santé facultatives.
Le financement de cette réforme repose sur le transfert progressif des cotisations aujourd'hui versées aux complémentaires vers l'Assurance maladie, ainsi que sur une hausse modérée de la CSG pour les revenus les plus élevés. Selon les estimations du NFP, la suppression des frais de gestion des complémentaires permettrait à elle seule de dégager 7 à 9 milliards d'euros de gains d'efficience.
La prévention : changer de paradigme
Le programme santé du NFP ne se limite pas au curatif. Il propose un virage préventif majeur, constatant que la France ne consacre que 2,2 % de ses dépenses de santé à la prévention, contre 3,5 % en moyenne dans l'OCDE.
Les mesures phares en matière de prévention incluent :
- Une médecine scolaire renforcée avec un médecin scolaire pour 800 élèves (contre 1 pour 12 000 actuellement) et un infirmier pour 500 élèves.
- Un programme national de santé au travail avec le doublement des effectifs de médecins du travail et l'instauration d'une visite médicale annuelle obligatoire pour tous les salariés.
- La lutte contre la malbouffe : interdiction de la publicité pour les produits ultra-transformés destinés aux enfants, taxation des produits à Nutri-Score D et E, soutien à l'alimentation biologique et locale dans la restauration collective.
- Un plan national de santé mentale doté de 2 milliards d'euros sur cinq ans, incluant le remboursement intégral des consultations de psychologues et le doublement des capacités d'accueil en psychiatrie publique.
- Le renforcement de la santé environnementale : surveillance accrue des polluants, lutte contre l'exposition aux perturbateurs endocriniens, programmes de dépistage des pathologies liées à la pollution.
Le financement : un débat essentiel
L'ensemble du programme santé du NFP représente un effort budgétaire considérable, estimé entre 25 et 35 milliards d'euros annuels à pleine charge. Ce chiffre suscite des réserves, y compris dans les rangs de la coalition, où les positions sur la trajectoire budgétaire divergent entre les composantes les plus volontaristes (LFI) et les plus prudentes (PS, EELV).
Le NFP avance plusieurs sources de financement : la suppression des niches fiscales sur les complémentaires santé (4,5 milliards), la hausse de la CSG sur les revenus du capital (6 milliards), la taxation des industries polluantes responsables de pathologies environnementales (2 milliards), et les économies liées à la prévention et à la fin de la tarification à l'activité (T2A) au profit d'un financement mixte des établissements hospitaliers.
La question de la soutenabilité financière du programme reste ouverte. Mais pour le NFP, le véritable coût est celui de l'inaction : un système de santé qui se dégrade, c'est une société moins productive, plus inégalitaire et plus vulnérable. Le choix est politique avant d'être comptable.